CBD: Marijuana

Publié le 21 mai 2026 à 07:24

‼️‼️Attention, ce texte est à titre informatif et une consultation médicale est requise avant d'essayer toute forme de produit ‼️‼️


Voici un tour d’horizon structuré de ce qu’on sait aujourd’hui sur le CBD et les maladies auto-immunes.

Mécanismes d’action:

Comment le CBD interagit avec le système immunitaire

Le CBD (cannabidiol) agit principalement via le système endocannabinoïde, notamment les récepteurs CB2, très présents sur les cellules immunitaires.

Les récepteurs CB2 régulent de nombreuses voies complexes du système immunitaire. Les études précliniques montrent que leur activation peut supprimer la réponse immunitaire ce qui peut être bénéfique dans les maladies auto-immunes et inhiber la production de cytokines pro-inflammatoires tout en favorisant les cytokines anti-inflammatoires, aidant ainsi à restaurer un état d’équilibre (homéostasie).

Ce qui distingue le CBD des immunosuppresseurs classiques, c’est sa nature immunomodulatrice plutôt qu’immunosuppressive : le CBD modulerait le système immunitaire au lieu de le supprimer, et ralentirait la production de lymphocytes T tout en réduisant la mémoire immunitaire, ce qui pourrait diminuer le risque d’attaques auto-immunes ultérieures.

Sur le plan de l’inflammation directe, le CBD peut inhiber la production de prostaglandines (médiateurs de l’inflammation et de la douleur) et activer le récepteur TRPV1, impliqué dans la perception de la douleur et la thermorégulation.

 

Applications par pathologie

 

Sclérose en plaques (SEP)

Le CBD a été étudié pour son rôle potentiel dans la réduction de l’inflammation et la protection des cellules nerveuses. Les recherches suggèrent qu’il peut réduire la spasticité musculaire et la douleur, et améliorer la qualité de vie des patients.

C’est la pathologie la mieux documentée de toutes, avec une trajectoire allant des essais cliniques jusqu’aux données réelles de vie. Voici une synthèse complète.

La SEP concentre plusieurs cibles sur lesquelles les cannabinoïdes agissent simultanément : spasticité, douleur neuropathique, troubles du sommeil, anxiété et neuroinflammation. 80 à 90 % des patients atteints de SEP développent une spasticité, sous des formes légère, modérée ou sévère, qui est à la fois le symptôme le plus invalidant et le moins bien couvert par les traitements classiques (baclofène, tizanidine, benzodiazépines). 

Mécanismes d’action dans la SEP

Les cannabinoïdes agissent à deux niveaux dans la SEP :

1. Sur la spasticité via CB1 spinaux et supraspinaux, qui modulent la transmission GABAergique et glutamatergique, réduisant l’hyperexcitabilité des motoneurones.

2. Sur la neuroinflammation via CB2, en réduisant l’activation microgliale, la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-6, IL-1β) et en favorisant la neuroprotection — mécanismes directement pertinents dans les poussées de SEP.

Le Sativex® (nabiximol, THC:CBD 1:1) : la molécule de référence

Le Sativex a obtenu son acceptation en France en janvier 2014 dans l’indication « spasticité dans la sclérose en plaques après échec des autres thérapeutiques ». Il n’a cependant jamais été commercialisé en France en raison d’un blocage des négociations de prix entre le laboratoire et le CEPS.

Données d’efficacité en vie réelle :

Une étude observationnelle italienne multicentrique portant sur 1 615 patients SEP avec spasticité débutant un traitement par Sativex a été conduite sur 6 mois. La spasticité moyenne à l’entrée était cotée à 7,5 ± 1,4 sur une échelle numérique, avec une amélioration statistiquement significative dès 4 semaines de traitement.

Selon des données italiennes présentées à l’ECTRIMS, le Sativex parvient à réduire significativement les symptômes liés à une spasticité modérée à sévère chez plus de 80 % des malades, en traitement add-on.

Nuance de la HAS :

La HAS note qu’une efficacité sur un score de spasticité n’a été observée que chez environ 10 % des patients insuffisamment soulagés par un traitement antispastique optimal — soulignant l’importance d’identifier les répondeurs lors d’une phase d’initiation. Ce chiffre reflète la sévérité du critère de sélection (échec préalable à tous les antispastiques) et non l’efficacité brute.

L’étude CANNAMS — données françaises inédites

C’est la contribution française la plus importante, et la plus récente.

L’ANSM coordonne depuis mars 2021 une expérimentation multicentrique et observationnelle du cannabis médical dans la spasticité douloureuse rebelle de la SEP, avec recueil de données à M0, M3, M6, M12 et M24, sur des scores validés (EQ5D, PGIC, Penn Spasm Frequency Scale, EVA, EDSS). 

Sur les 2 486 patients inclus dans l’expérimentation nationale, 309 souffraient de spasticité douloureuse dans le cadre de la SEP. Les huiles contenant du CBD et du THC, administrées par voie orale, constituaient la grande majorité des préparations utilisées.

Résultats à 2 ans (publiés en 2025) :

Dès 3 mois de traitement, les patients ont rapporté une amélioration significative de leurs symptômes : réduction de la douleur, des spasmes, de l’anxiété et amélioration de la qualité de vie. Ces effets bénéfiques ont été maintenus jusqu’à 24 mois chez les patients ayant poursuivi le traitement. Trois quarts des patients ont poursuivi le traitement sur la durée ; les abandons étaient majoritairement liés à un manque d’efficacité (42 % des arrêts).

Le Comité Scientifique Temporaire de l’ANSM a, à l’unanimité en décembre 2023, confirmé l’intérêt de l’utilisation du cannabis médical dans la spasticité douloureuse de la SEP.

Ratio CBD/THC utilisé :

L’initiation se faisait dans 73 % des cas avec un ratio CBD seul ou CBD dominant, contre 71 % de ratio équilibré à 6 mois suggérant une tendance à augmenter la part de THC au fil du temps chez les patients poursuivant le traitement, probablement pour optimiser l’effet myorelaxant.

Essai randomisé en cours — étude CANSEP (Canada)

Un essai clinique randomisé en double aveugle contre placebo est actuellement conduit auprès de 250 personnes atteintes de SEP. Les participants reçoivent soit du THC, soit du CBD, soit une combinaison THC+CBD, soit un placebo sur 4 semaines, avec un suivi supplémentaire de 12 semaines pour les répondeurs. Les critères de jugement incluent la spasticité, la douleur, le sommeil, la fatigue, la cognition et la santé mentale. C’est le premier essai permettant de dissocier les effets du CBD pur, du THC pur et de leur association.

La SEP est clairement la pathologie auto-immune dans laquelle le rapport bénéfice/risque des cannabinoïdes est le mieux établi, avec un consensus scientifique croissant et une évolution réglementaire française imminente.

 

Polyarthrite rhumatoïde

Certaines recherches suggèrent un rôle bénéfique du CBD dans la polyarthrite rhumatoïde, où il pourrait réduire l’inflammation articulaire et limiter la destruction du cartilage.

Voici l’approfondissement complet sur la polyarthrite rhumatoïde (PR), avec une particularité importante : c’est la pathologie pour laquelle le premier essai randomisé contrôlé spécifiquement dédié au CBD pur a été publié en 2024.

La PR est une synovite auto-immune chronique caractérisée par trois mécanismes principaux sur lesquels le CBD pourrait agir simultanément :

• Hyperactivité lymphocytaire T et B → production d’auto-anticorps (FR, anti-CCP) et d’immunocomplexes
• Cascade cytokinique → TNF-α, IL-1β, IL-6, IL-17 comme moteurs de l’inflammation synoviale
Fibroblastes synoviaux activés (RASF) → prolifération tumorale-like avec destruction du cartilage et de l’os sous-chondral via les métalloprotéases (MMP-1, MMP-3)

Ce dernier point est au cœur de ce qui distingue le CBD dans la PR : son action spécifique sur les RASF.

Mécanismes précliniques — données solides

1. Action sur les fibroblastes synoviaux (RASF) — la découverte clé

Le CBD augmente les niveaux calciques intracellulaires, réduit la viabilité cellulaire et la production d’IL-6, IL-8 et MMP-3 par les fibroblastes synoviaux de polyarthrite rhumatoïde (RASF). L’apoptose sélective des cellules activées et la diminution de ces cytokines sont médiées par le récepteur TRPA1.

C’est un mécanisme remarquable : le CBD induit préférentiellement l’apoptose des RASF activés (pro-inflammatoires) tout en épargnant les cellules quiescentes ce qui en fait un agent potentiellement ciblé sur le tissu pathologique.

2. Action sur les lymphocytes B et les cellules mononucléées

Des études récentes (Lowin 2023) portant sur les lymphocytes B, les cellules mononucléées du sang périphérique et leurs co-cultures avec les RASF montrent que le CBD exerce des effets immunomodulateurs complexes sur les populations cellulaires impliquées dans la PR.

3. Voies NF-κB et cytokines

Des études ont démontré que le CBD induit une apoptose sélective des cellules activées et diminue IL-6, IL-8 et MMP-3 via TRPA1, module les voies pro-inflammatoires NF-κB/Akt, et réduit les cytokines TNF-α et IL-1β dans des modèles précliniques de PR.

4. Voie transdermique : modèle animal

Une étude de 2003 sur des modèles animaux a suggéré que le CBD, appliqué sur la peau, peut avoir un effet anti-inflammatoire et antalgique en cas d’arthrite. Ces données ont fondé l’intérêt pour les formes topiques dans les arthrites des petites articulations.

Données cliniques — l’essai randomisé de 2024 (UCLA)

C’est l’essai le plus important et le plus récent, présenté à l’ACR (American College of Rheumatology) en 2024.

Dans cet essai de phase 1B randomisé contre placebo, 47 patients PR ont été répartis en trois groupes : placebo (n=15), CBD 200 mg deux fois par jour (n=16), CBD 400 mg deux fois par jour (n=16). Les participants avaient un âge moyen de 60,6 ans, 96 % de femmes, une durée de maladie moyenne de 15,9 ans, et 70,2 % étaient séropositifs. Après 12 semaines de traitement, le DAS28 n’était pas significativement différent entre les groupes CBD et placebo. Pour les critères secondaires, PDUS, GSUS, HAQ, RAPID3 et EVA douleur : aucune différence significative n’a été observée entre les groupes. Une amélioration numérique supérieure de l’EVA douleur a été notée dans le groupe CBD 200 mg vs placebo (−0,95 vs −0,31 ; p=0,08), mais pas dans le groupe CBD 400 mg.

Interprétation :

Cet essai est négatif sur son critère principal (activité de la maladie), mais il livre plusieurs informations importantes :

• Le signal sur la douleur subjective à 200 mg est proche de la significativité (p=0,08) — trop faible effectif pour conclure
• Le profil de sécurité est favorable — aucun effet indésirable grave rapporté
• La dose de 400 mg ne performe pas mieux que 200 mg, voire moins bien, ce qui interroge la relation dose-réponse
• Les marqueurs inflammatoires objectifs (DAS28, échographie avec power Doppler) ne bougent pas → le CBD ne modifie pas l’activité structurale de la maladie à court terme
Conclusion clinique : le CBD pur oral ne constitue pas un traitement de fond de la PR. Il peut être un complément analgésique chez les patients en impasse ou souhaitant réduire leur consommation d’AINS/opioïdes.

Le cannabigerol (CBG) — données émergentes dans la PR

Un élément nouveau et peu connu : les recherches du groupe Lowin s’intéressent désormais au CBG (cannabigérol), autre phytocannabinoïde non psychoactif.

Lowin et al. (2023) ont rapporté des propriétés anti-inflammatoires du cannabigérol (CBG) dans les fibroblastes synoviaux de patients PR, partiellement médiées par TRPA1. Le CBG pourrait être envisagé comme adjuvant thérapeutique dans la PR, en ciblant le transport ionique mitochondrial des cellules synoviales activées. 

Interactions médicamenteuses — points critiques dans la PR

La PR est la pathologie rhumatologique où les interactions médicamenteuses du CBD sont les plus complexes à gérer, compte tenu de la polymédication habituelle :

Méthotrexate : interaction Majeure

CBD inhibe CYP2C9 → ↑ taux MTX - Toxicité hépatique, mucite

Léflunomide : interaction Modérée

Inhibition CYP1A2/CYP2C9 ↑ exposition au métabolite actif


Anti-TNF (adalimumab, étanercept) : interaction Faible

Pas de métabolisme CYP partagé - Interaction pharmacodynamique possible (immunosuppression additive)


Inhibiteurs JAK (baricitinib, upadacitinib): interaction Modérée |

CYP3A4 partagé - Possible ↑ des taux de JAK inhibiteur 


Corticoïdes : interaction Modérée 

CYP3A4 |↑ exposition aux corticoïdes


AINS : interaction Faible risque |

Pas d’interaction enzymatique majeure|Additivité antalgique possible 

L’interaction CBD-méthotrexate est la plus critique et justifie une surveillance hépatique renforcée si les deux sont associés.

Formes galéniques pertinentes dans la PR

Voie orale : action systémique sur la cascade cytokinique et les lymphocytes — pertinente pour la PR diffuse avec atteinte polyarticulaire.

Voie topique : pertinente pour les atteintes des petites articulations (mains, poignets). Les données sur l’arthrose des mains (étude transdermal 2024) montrent une faisabilité et une bonne tolérance locale, même si la PR a été exclue de cet essai spécifique.

Positionnement dans la stratégie thérapeutique PR 2024

LIGNE 1 : Méthotrexate ± AINS
LIGNE 2 : Biothérapies (anti-TNF, anti-IL6, abatacept) Inhibiteurs JAK (baricitinib, upadacitinib)
LIGNE 3: CBD : complément potentiel pour :
• Douleur résiduelle sous traitement de fond efficace
• Réduction des AINS/opioïdes
• Troubles du sommeil et anxiété associés
• NON : ne modifie pas l'activité immunologique de la maladie

 

Lupus érythémateux systémique : Piste prometteuse, encore peu étudiée

Le LES cumule précisément les mécanismes sur lesquels le CBD pourrait agir : hyperactivité lymphocytaire T, production excessive de cytokines, stress oxydatif.

Le Dr Fotios Koumpouras (Yale) mène des recherches sur une molécule cannabinoïde synthétique qui se lie préférentiellement aux récepteurs CB2 pour évaluer si elle peut atténuer la douleur et l’inflammation dans le lupus. La liaison CB2 entraîne la production de protéines appelées “résolvines” qui semblent résoudre l’inflammation.

Le CBD induirait la formation de lymphocytes T régulateurs (Treg) en réponse à une activation T de bas niveau — ce qui est particulièrement pertinent dans le LES, où le déséquilibre Treg/Th17 joue un rôle pathogénique central.

Les symptômes cibles potentiels dans le LES incluent les douleurs articulaires, la fatigue chronique, les troubles du sommeil et l’anxiété — domaines où le CBD dispose de données plus solides que sur l’immunologie lupique elle-même.

À retenir : pas encore d’essai clinique randomisé dédié au LES avec CBD pur. La piste CB2 est explorée avec des molécules dérivées, mais le niveau de preuve reste préclinique pour le LES.

 

Myosite / Dermatomyosite : Le cas le plus avancé cliniquement

C’est ici que la recherche cannabinoïde est la plus solide, grâce au lenabasum, un agoniste synthétique sélectif CB2 (non du CBD pur, mais de la même famille pharmacologique).

Dans un essai de phase 2 randomisé en double aveugle contre placebo publié dans le Journal of Investigative Dermatology, le lenabasum a montré une différence statistiquement significative sur le score CDASI (activité cutanée de la dermatomyosite) au jour 113 (différence = −6,5 ; p = 0,038), avec plus de 40 % des patients sous traitement présentant des améliorations significatives. Aucun effet indésirable grave n’a été rapporté et aucun patient n’a abandonné l’étude.

Une extension en ouvert sur 3 ans a ensuite montré qu’à la semaine 68, les patients maintenaient des réductions du CDASI, de la douleur cutanée et de la qualité de vie. 58,3 % maintenaient une maladie stable (vs les contrôles, p = 0,035) et 50 % rapportaient une amélioration durable du prurit.

Nuance importante : l’essai de phase 3, qui incluait des patients présentant à la fois une atteinte musculaire et cutanée, n’a pas atteint son critère de jugement principal (score composite d’amélioration totale). Le lenabasum semble donc plus efficace dans les formes à prédominance cutanée (dermatomyosite amyopathique) que dans les formes avec myopathie franche.

À retenir : l’agonisme CB2 est prometteur dans la DM cutanée réfractaire. Pour le CBD pur en automédication dans la myosite, aucune donnée clinique spécifique n’existe à ce jour.

 

Maladies inflammatoires intestinales (MICI)

Le CBD pourrait contribuer à améliorer le fonctionnement du système digestif dans les maladies auto-immunes en réduisant l’inflammation intestinale et en favorisant la cicatrisation de la muqueuse intestinale.

Maladie de Crohn : Données cliniques mixtes, signal biologique réel

Le système endocannabinoïde est très présent dans le tube digestif, ce qui fonde l’intérêt théorique.

L’activation des récepteurs CB2 présents dans le tube digestif permet une réduction des inflammations, des diarrhées et de la douleur associées aux crises de Crohn, selon plusieurs études.

Sur le plan préclinique, un extrait de cannabis riche en CBD a atténué les lésions muqueuses et réduit l’hypermotilité intestinale dans des modèles murins de colite, suggérant que la combinaison du CBD avec d’autres constituants mineurs du cannabis pourrait être plus efficace que le CBD pur isolé.

Côté clinique, les résultats sont hétérogènes : certains essais cliniques montrent que le CBD peut améliorer la qualité de vie dans la maladie de Crohn, tandis que d’autres trouvent peu d’effet mesurable sur les marqueurs biologiques d’inflammation. Ce décalage pourrait être lié aux différences de dosage, à la qualité des produits et à la complexité des MICI.

Du côté des patients : 19 % des patients atteints de MICI déclarent que le CBD leur a permis de réduire leur consommation d’opioïdes, et beaucoup rapportent une aide à la gestion de l’appétit. Le soulagement est rapporté plus souvent dans la maladie de Crohn que dans la rectocolite hémorragique.

À retenir : signal symptomatique (douleur, appétit, qualité de vie) réel selon les patients, mais absence de preuve de rémission endoscopique ou biologique robuste à ce jour.

 

Sclérodermie systémique (SSc) : La pathologie fibroproliférative au cœur de la recherche cannabinoïde

La SSc est une cible particulièrement pertinente. La SSc cumule les trois piliers sur lesquels les cannabinoïdes agissent le mieux :

La sclérodermie systémique est une maladie auto-immune multi-organe chronique caractérisée par des anomalies vasculaires, immunologiques et fibrotiques. Il existe des preuves croissantes que le dysfonctionnement du système endocannabinoïde joue un rôle critique dans son développement.

Il n’existe actuellement aucun traitement global de la sclérodermie systémique agissant à la fois sur la fibrose, l’atteinte vasculaire et l’inflammation — ce qui justifie l’intérêt pour des molécules à mécanisme d’action multiple.

Deux molécules cannabinoïdes en essai clinique

1. Lenabasum (agoniste CB2 synthétique)

Le lenabasum est un agoniste pro-résolvant du récepteur CB2, développé pour le traitement de l’inflammation et de la fibrose dans plusieurs pathologies, dont la sclérodermie systémique, la dermatomyosite, le lupus érythémateux systémique et la fibrose kystique.

Il a montré un profil de sécurité favorable dans les études SSc, mais les résultats d’efficacité sur les formes diffuses restent mitigés, à l’image de son échec en phase 3 dans la dermatomyosite avec atteinte musculaire.

2. EHP-101 / VCE-004.8 — Le dérivé semi-synthétique du CBD le plus avancé dans la SSc

C’est la molécule la plus innovante et la plus spécifiquement conçue pour la sclérodermie. Il s’agit d’un dérivé synthétique du CBD — non du CBD brut — mais dont la structure de base est celle du cannabidiol.

Mécanisme d’action triple :

EHP-101 active deux récepteurs protéiques — PPARγ (peroxisome proliferator-activated receptor gamma) et CB2 — qui peuvent limiter l’inflammation dans la sclérodermie. Il cible également la voie HIF (hypoxia-inducible factor), impliquée dans les maladies fibrotiques.

Ce triple mécanisme est stratégiquement conçu pour toucher les trois composantes pathogéniques de la SSc simultanément :

• CB2 → immunomodulation, réduction des cytokines pro-inflammatoires

• PPARγ → inhibition de la différenciation des fibroblastes en myofibroblastes

• HIF → correction de la vasculopathie hypoxique

Données précliniques solides :

VCE-004.8 inhibe la transcription du gène Col1A2 et la synthèse de collagène induite par le TGF-β, et empêche la migration des fibroblastes. Dans le modèle murin de fibrose dermique induit par la bléomycine, VCE-004.8 a réduit l’épaisseur dermique, l’accumulation de collagène périvasculaire, la dégranulation des mastocytes et l’infiltration macrophagique.

Contrairement au lenabasum, EHP-101 démontre également des effets significatifs sur la vasculogenèse, avec restauration des cellules endothéliales CD31+/CD34+ et des télocytes réduites dans le modèle SSc — ce qui en fait une option potentiellement supérieure pour l’atteinte vasculaire de la SSc.

Données cliniques disponibles :

EHP-101 a été bien toléré en phase 1 chez les volontaires sains, avec seulement des effets indésirables légers à modérés aux doses les plus élevées — doses bien supérieures à celles anticipées pour les patients SSc. EHP-101 a obtenu la désignation de médicament orphelin pour le traitement de la sclérodermie aux États-Unis et en Europe.

En janvier 2023, le Comité de Revue de Sécurité de l’essai de phase 2a a recommandé la poursuite de l’étude sans modification après une analyse intermédiaire positive, autorisant l’escalade vers les cohortes à dose plus élevée.

Les résultats complets de cet essai de phase 2a sont attendus, aucune publication définitive n’est disponible à ce jour.

CBD pur et symptômes de la SSc

En attendant ces résultats, le CBD brut (non dérivé) dispose de données précliniques directement pertinentes :

Le CBD inhibe la transcription du gène de collagène et sa synthèse, et prévient la migration des fibroblastes induite par le TGF-β et l’IL-4. Dans le modèle bléomycine de fibrose cutanée, le CBD a prévenu la fibrose et l’accumulation de collagène périvasculaire.

Pour les symptômes associés, le CBD pourrait aider sur :

• Les douleurs neuropathiques des extrémités

• La qualité du sommeil (souvent altérée dans la SSc)

• L’anxiété et la fatigue chronique

• Potentiellement le phénomène de Raynaud via ses effets vasodilatateurs (données très préliminaires)

 

Stiff Person Syndrome (SPS)

Dans le SPS, les anticorps anti-GAD65 bloquent l’enzyme glutamate décarboxylase (GAD), qui produit le GABA. Lorsque le GABA est insuffisant, le système nerveux devient hyperexcitable, ce qui entraîne les spasmes musculaires, la rigidité et l’anxiété caractéristiques de la maladie. Les déclencheurs habituels des symptômes (bruit, stress, lumière) sont également liés à cette perturbation GABAergique.

Ce contexte est crucial pour comprendre comment les cannabinoïdes pourraient intervenir : le CBD module précisément la transmission inhibitrice, l’anxiété et la neuroinflammation.

Mécanismes d’action des cannabinoïdes dans le SPS

Les cannabinoïdes agissent via le système endocannabinoïde, avec les récepteurs CB1 (présents dans le SNC, impliqués dans la motricité, la sensorialité et la mémoire) et CB2 (exprimés sur les cellules immunitaires, avec un rôle d’immunomodulation). Les cannabinoïdes peuvent influencer les mécanismes pathogènes et symptomatiques d’autres pathologies neurologiques auto-immunes avec spasmes douloureux comme la sclérose en plaques grâce à leur capacité à supprimer la neuroinflammation et à exercer des effets neuroprotecteurs dans le SNC via CB1 et CB2.

Ce parallèle avec la SEP est fondamental : c’est lui qui justifie cliniquement l’utilisation du Sativex® (THC:CBD) dans le SPS.

Données cliniques publiées et cas rapportés

Le SPS étant une maladie ultra-rare, les données restent au niveau des case reports, sans essai randomisé dédié.

Cas 1 — SPS séronégatif traité par spray THC:CBD (Sativex®)

Un homme de 40 ans présentant une rigidité musculaire progressive et des spasmes intermittents depuis 6 ans, avec un SPS séronégatif confirmé par les données électroneuromyographiques, a été traité avec succès par le spray oromuqueux THC-CBD. Ce rapport suggère que le spray THC-CBD est une option thérapeutique alternative pour les patients avec SPS réfractaire, et que des validations supplémentaires sont justifiées.

Cas 2 — Forme paranéoplasique (PSPS) réfractaire

Une patiente de 60 ans avec un syndrome de la personne raide paranéoplasique réfractaire a initié une teinture orale de CBD/THC 1:1 (20 mg deux fois par jour) associée à de l’huile de CBD 83 mg appliquée sur la gencive plusieurs fois par jour, sous supervision médicale dans le cadre du programme de cannabis médical de Floride.

L’utilisation des cannabinoïdes a minimisé de façon marquée la rigidité, l’intensité et la fréquence des épisodes de spasmes. La patiente a également réduit ses médicaments de prescription. Les auteurs concluent que les produits THC/CBD peuvent apporter un soulagement pour les patients avec des symptômes de PSPS réfractaires.

Rationnel pour le CBD spécifiquement (au-delà du THC)

Dans le SPS, le CBD est particulièrement intéressant pour trois cibles symptomatiques :

1. Les spasmes et la rigidité

Le CBD potentialise indirectement la transmission GABAergique en inhibant la recapture des endocannabinoïdes et en modulant les récepteurs TRPV1, contribuant à réduire l’hyperexcitabilité neuronale spinale.

2. L’anxiété et les phobies spécifiques

L’anxiété dans le SPS est un phénomène médié par les anticorps anti-GAD65, qui inhibent la libération de GABA dans l’amygdale et l’hippocampe, réduisant le potentiel de liaison des récepteurs GABA-A dans ces régions. L’anxiété dans ce contexte est donc un phénomène neurobiologique direct, pas seulement réactionnel. Le CBD dispose de données solides sur l’anxiété via les récepteurs 5-HT1A et la modulation de l’amygdale ce qui en fait un candidat rationnel pour cette comorbidité centrale du SPS.

3. La neuroinflammation

Le composant auto-immun du SPS implique une neuroinflammation chronique sur laquelle les propriétés immunomodulatrices CB2 du CBD pourraient théoriquement agir.

Points de vigilance spécifiques au SPS

Interaction BZD/CBD : Les patients SPS sont souvent sous diazépam ou clonazépam à fortes doses — le CBD inhibe CYP3A4 et peut augmenter les taux plasmatiques des benzodiazépines → risque de sédation majorée

Interaction baclofène : Potentialisation possible des effets myorelaxants et sédatifs                                                                                                                           

Ratio THC:CBD : Les cas publiés utilisent tous une combinaison THC:CBD (Sativex® 1:1) plutôt que le CBD pur .Le THC apporte une composante myorelaxante directe via CB1 que le CBD seul ne couvre pas

Niveau de preuve : Uniquement des case reports (n=2 publiés) aucun essai randomisé                                                                                                                       

Positionnement du CBD dans la stratégie thérapeutique SPS

Ligne 1 : Diazépam / Baclofène (GABAergique)

Ligne 2 : IgIV, rituximab (immunomodulation)

Ligne 3 : CBD/THC : add-on envisageable dans les formes réfractaires, surtout pour spasmes, anxiété et réduction des opioïdes/BZD

C’est une maladie où la rareté elle-même est l’obstacle principal à la recherche — le signal clinique existe, mais la communauté scientifique n’a pas les effectifs pour conduire des essais randomisés dans un délai raisonnable.

Effets secondaires du CBD, selon les données les plus récentes :

Effets fréquents (surtout à doses élevées)

Sécheresse buccale, hypotension, diarrhée, diminution de l’appétit, sautes d’humeur, vertiges et somnolence. La somnolence est l’effet le plus fréquemment rapporté parfois recherché pour l’insomnie, mais problématique dans d’autres contextes. La conduite ou l’utilisation de machines nécessitant de la vigilance est donc déconseillée après la prise. 

Effets hépatiques

Le CBD peut entraîner des lésions hépatiques, en particulier sans surveillance médicale. Les personnes atteintes d’une maladie hépatique pourraient devoir prendre des doses plus faibles.

Interactions médicamenteuses — point important

Le CBD est métabolisé par le foie via les mêmes enzymes que de nombreux médicaments. Il peut augmenter ou diminuer leur concentration sanguine. L’interactions est avec au moins 17 familles de médicaments (mars 2025) notamment les anticoagulants, antiépileptiques, benzodiazépines, immunosuppresseurs, antidépresseurs et opioïdes.

Grossesse et allaitement : les médecins déconseillent fortement le CBD pendant la grossesse et l’allaitement. Des études animales montrent des effets sur le neurodéveloppement fœtal.

Des doses élevées de CBD pourraient aggraver les tremblements et autres mouvements indésirables chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson.

En résumé, les effets secondaires graves restent rares et le CBD est probablement sans danger pour la plupart des personnes, mais un avis médical s’impose en cas de traitement médicamenteux en cours.

⚠️ Limites et mises en garde importantes

Niveau de preuve encore faible : la quasi-totalité des données probantes sont précliniques (modèles animaux, cultures cellulaires). Les essais cliniques randomisés de qualité restent rares.

Signal contradictoire : il existe des rapports contradictoires, l’activation des récepteurs CB2, dans certaines conditions, pourrait aggraver l’inflammation. Le contexte immunitaire et la pathologie sous-jacente semblent donc déterminants.

Pas un traitement de substitution : le CBD ne remplace pas les traitements de fond (DMARDs, biologiques, corticoïdes). Son usage reste complémentaire, et doit être discuté avec le médecin traitant ou le spécialiste, surtout en cas de traitements immunosuppresseurs.

Interactions médicamenteuses : le CBD inhibe plusieurs cytochromes P450 (CYP3A4, CYP2C9), ce qui peut modifier la métabolisation de nombreux médicaments courants en rhumatologie ou neurologie→ peut augmenter les taux de MMF, azathioprine, hydroxychloroquine, corticoïdes

Effet combiné : L'Immunosuppression combinée peuvent avoir un effet cumulatif incertain avec les biologiques (anti-IL, anti-BLyS, JAK inhibiteurs)    

Qualité des produits : Attention, il y a une grande variabilité des teneurs réelles en CBD sur le marché grand public.