Histamine & Maladies Auto-immunes
L’histamine et les maladies auto-immunes sont liées de façon complexe. L’histamine ne cause pas directement une maladie auto-immune, mais elle peut aggraver certains symptômes et participer à l’inflammation.
Biologie de base de l’histamine
L’histamine est une molécule produite naturellement par le corps. Elle est impliquée dans :
- les réactions allergiques;
- la défense contre les infections;
- la régulation de l’acidité de l’estomac;
- la communication entre certaines cellules du système immunitaire.
L’histamine est une amine biogène synthétisée principalement à partir de la L-histidine par la L-histidine décarboxylase.
Sources principales :
- mastocytes (cellules du système immunitaire)
- basophiles
- cellules entérochromaffines intestinales
- neurones histaminergiques
- bactéries du microbiome.
Une proposition récente suggère que l’intolérance à l’histamine peut découler d’une altération du microbiote intestinal : la surabondance de bactéries productrices d’histamine, pourrait contribuer à l’inflammation muqueuse et altérer l’activité de l'enzyme qui dégrade l’histamine dans l’intestin.
L’histamine interagit avec les hormones sexuelles de manière bidirectionnelle :
• L’œstrogène stimule la dégranulation mastocytaire et inhibe l'enzyme qui dégrade l’histamine dans l’intestin → charge histaminique accrue
• La progestérone a un effet stabilisateur sur les mastocytes, cellules immunitaires
Cela explique en partie la prévalence féminine élevée dans la majorité des maladies auto-immunes et les fluctuations symptomatiques au cours du cycle menstruel
Les fluctuations des œstrogènes peuvent influencer la libération d’histamine, et l’histamine peut à son tour affecter certaines hormones. Cette interaction pourrait expliquer pourquoi certaines femmes constatent une aggravation de symptômes autour de la périménopause ou de la ménopause, mais les mécanismes sont encore à l’étude.
Quel est le lien avec les maladies auto-immunes?
Dans les maladies auto-immunes, le système immunitaire est déjà dérégulé. L’histamine peut :
- favoriser l’inflammation;
- augmenter la perméabilité des vaisseaux sanguins;
- attirer davantage de cellules immunitaires vers les tissus;
- amplifier certains symptômes comme les démangeaisons, les rougeurs ou l’enflure.
Chez certaines personnes, cela peut contribuer aux poussées de symptômes.
Intolérance à l’histamine vs maladie auto-immune
Il est important de distinguer les deux.
Intolérance à l’histamine
- Excès d’histamine ou difficulté à la dégrader
- Symptômes souvent après certains aliments
- Ne provoque pas de dommages permanents aux organes
Maladie auto-immune
- Le système immunitaire attaque les propres tissus
- Symptômes plus persistants et liés à l’organe atteint
- Peut entraîner des lésions si non traitée
Une personne peut toutefois avoir les deux.
Symptômes pouvant être liés à un excès d’histamine
- Maux de tête ou migraines
- Rougeurs au visage
- Urticaire ou démangeaisons
- Congestion nasale
- Palpitations
- Troubles digestifs (ballonnements, diarrhée)
- Fatigue
- Brouillard mental
Ces symptômes peuvent parfois ressembler à ceux d’une maladie auto-immune, ce qui complique le diagnostic.
Les aliments riches en histamine
Certaines personnes sensibles remarquent une aggravation de leurs symptômes avec :
- Fromages affinés
- Charcuteries
- Vin rouge et autres boissons alcoolisées
- Choucroute et aliments fermentés
- Sauce soya
- Poissons fumés, en conserve ou mal conservés
- Tomates
- Aubergines
- Épinards
Les maladies auto-immunes où l’histamine pourrait jouer un rôle
Les recherches suggèrent un rôle potentiel de l’histamine dans plusieurs maladies, notamment :
- Polyarthrite rhumatoïde :La polyarthrite rhumatoïde est une maladie auto-immune causée par l’inflammation de la synoviale entourant les articulations, et des connexions ont été établies avec la dysfonction mastocytaire. Les mastocytes contribuent au milieu inflammatoire articulaire par libération d’histamine et autres médiateurs.
- Lupus érythémateux systémique: Chez les patients lupiques, l’histamine pourrait agir comme amplificateur de la réponse immune, aggravant les poussées et contribuant aux dommages tissulaires.
- Sclérose en plaques : L’histamine a été proposée comme ayant un rôle régulateur clé dans la pathogenèse de l’EAE (modèle murin de SEP) et de la SEP. Des niveaux élevés d’histamine dans le LCR corrèlent avec le début de la maladie, et les antagonistes H1R ainsi que les stabilisateurs de granules mastocytaires réduisent la sévérité de l’EAE. La signalisation via H1R et H2R amplifie la susceptibilité à l’EAE en influençant les réponses effectrices des LT antigène-spécifiques, la déviation immunitaire et la perméabilité de la BHE. Des clones Th1 et Th2 réactifs à la protéine protéolipidique 139-151 présentent des niveaux élevés de transcrits H1R et H2R respectivement.
- Thyroïdite de Hashimoto : Des études montrent que les personnes souffrant d’urticaire spontanée chronique (condition liée aux mastocytes) ont 5 à 7 fois plus de probabilité de présenter des anticorps thyroïdiens, suggérant un lien fort entre dysfonction mastocytaire et auto-immunité thyroïdienne.
Cependant, les preuves actuelles indiquent que l’histamine est davantage un modulateur de l’inflammation qu’une cause de ces maladies.
Peut-on réduire l’histamine?
Chez les personnes présentant une sensibilité à l’histamine ou une suspicion d’intolérance, un professionnel de la santé peut recommander :
- un essai temporaire d’une alimentation pauvre en histamine;
- l’identification des aliments déclencheurs;
- le traitement de maladies digestives sous-jacentes si elles sont présentes;
- dans certains cas, l’utilisation d’antihistaminiques ou d’autres traitements adaptés.
‼️ Attention ‼️
Il n’est toutefois pas recommandé de suivre un régime pauvre en histamine à long terme sans supervision, car il peut devenir inutilement restrictif.