Journée nationale des autochtones

Publié le 21 juin 2026 à 09:48

Maladies auto-immunes chez les peuples autochtones du Canada

Synthèse épidémiologique

Portrait général : une surreprésentation documentée

Les maladies auto-immunes sont plus fréquentes, se manifestent plus tôt et présentent une évolution plus sévère chez les peuples autochtones d’Amérique du Nord. Ce constat est cohérent à travers les études canadiennes portant sur les Premières Nations, les Métis et les Inuit.

La prévalence de la polyarthrite rhumatoïde, du lupus érythémateux disséminé et de l’arthrite idiopathique juvénile est de manière constante significativement plus élevée dans les populations autochtones par rapport aux populations non autochtones.

Données par maladie

👉 Lupus érythémateux disséminé (LED / SLE)

Les Premières Nations du Canada présentent une prévalence de SLE près de 2 fois plus élevée que les populations non autochtones. (ScienceDirect)

En Alberta, la prévalence du SLE est estimée à 1 cas pour 311 femmes des Premières Nations, comparativement à 1 cas pour 366 femmes dans la population générale féminine.( University of Waterloo)

Dans cinq études canadiennes sur le SLE, l’appartenance aux Premières Nations était associée à une survie plus faible après ajustement pour les facteurs cliniques et sociaux, et à une fréquence accrue de décès attribuables au lupus et à ses complications. (ScienceDirect)

👉 Polyarthrite rhumatoïde (PR / RA)

Les Premières Nations du Canada présentent une prévalence de PR 2 à 3 fois plus élevée que les populations non autochtones. (ScienceDirect)

Au Manitoba, la prévalence ajustée de la PR en 2009-2010 était significativement plus élevée chez les Premières Nations que chez les non-Premières Nations (RR = 2,55 ; IC 2,08–3,12), particulièrement dans le groupe d’âge 29-48 ans (RR = 4,52). (PubMed) Les patients des Premières Nations sont donc diagnostiqués à un âge beaucoup plus jeune.

Une étude menée au Manitoba a relevé une prévalence plus élevée de vascularite, une utilisation accrue d’immunosuppresseurs, et un taux de mortalité quatre fois supérieur à celui d’une cohorte non autochtone.

👉Maladies auto-immunes hépatiques (CBP / HAI)

Chez les Premières Nations, les Métis et les Inuit, la cholangite biliaire primitive (CBP) — une maladie hépatique auto-immune — est diagnostiquée à un stade plus avancé et entraîne de moins bons résultats à long terme que chez le reste de la population canadienne. (University of Alberta)

Au Manitoba, la prévalence des maladies hépatiques auto-immunes est aussi plus élevée chez les Autochtones, qui sont six fois plus susceptibles de nécessiter une transplantation hépatique pour hépatite auto-immune (HAI). (Wiley Online Library)

Chez les patients des Premières Nations atteints de CBP, 50 % présentaient une maladie auto-immune coexistante : PR (23 %) et SLE (9 %) — à comparer à 32 % de comorbidité auto-immune dans les études de CBP en population majoritairement européenne. (Wiley Online Library)

👉 Sclérose systémique (ScS / SSc)

Une cohorte de 71 Autochtones canadiens atteints de sclérodermie constitue la plus grande cohorte autochtone jamais décrite pour cette maladie rare, avec des différences phénotypiques possibles par rapport aux populations blanches. (The Journal of Rheumatology)

Les femmes des Premières Nations de plus de 45 ans présentent une prévalence accrue de SLE ou de ScS — reflet potentiel d’une véritable prédominance des maladies rhumatismales auto-immunes dans ce groupe démographique. (Wiley)

👉 Sclérose en plaques (SEP / MS) — profil paradoxal

La SEP représente un cas particulier : la prévalence brute est plus basse chez les Premières Nations, mais la maladie y est plus agressive.

L’incidence et la prévalence de la SEP sont environ deux fois inférieures chez les Premières Nations du Manitoba par rapport aux non-Premières Nations. Néanmoins, la prévalence de la SEP chez les Manitobains des Premières Nations est plus élevée que dans d’autres populations autochtones hors du Canada. (PubMed Central)

Les peuples autochtones atteints de SEP présentent un niveau de handicap plus élevé et une progression du handicap plus rapide que les comparateurs non autochtones. (ScienceDirect)

La prévalence et l’agressivité croissantes de la SEP chez les peuples autochtones soulignent l’importance d’aborder les déterminants sociaux de la santé de manière culturellement adaptée. (Cambridge Core)

Facteurs explicatifs identifiés et documentés

Génétique

Anticorps anti-fibrilline-1, polymorphismes de gènes des fibroblastes, haplotypes HLA spécifiques (ex. Sioux, Arapahoe), prédisposition aux maladies auto-immunes liée à l’ascendance asiatique ancestrale

Biologique

Charge allostatique, inflammation chronique, dysrégulation immunitaire

Déterminants sociaux

Accès limité aux spécialistes en régions éloignées, délais diagnostiques, sous-représentation dans les études cliniques

Traumatismes historiques

Effets transgénérationnels des pensionnats autochtones sur la santé, stress chronique

Environnement

Expositions environnementales variables selon les régions, alimentation, carences (ex. vitamine D)

Lacunes importantes dans la littérature

  • Sous-représentation des Inuit et Métis : la majorité des études portent sur les Premières Nations, souvent dans les provinces des Prairies (Manitoba, Alberta).
  • Hétérogénéité des populations autochtones non captée : les communautés des Premières Nations du Canada ne constituent pas une entité homogène. D’un point de vue anthropologique, leur distribution géographique suit différentes vagues de migration depuis l’Asie. (PubMed Central)
  • Données pédiatriques très limitées au Canada.
  • Conditions peu étudiées : thyroïdite de Hashimoto, maladie cœliaque, myopathies inflammatoires chez les populations autochtones canadiennes.
  • Confusion diagnostique possible entre SEP et NMOSD (neuromyélite optique), particulièrement dans les études antérieures à 2004.

Recommandations

Une étude de 2020 a formulé plusieurs recommandations pour améliorer les résultats de santé chez les patients autochtones atteints de maladies rhumatismales, notamment en ce qui concerne l’accès aux soins spécialisés.

Les axes prioritaires identifiés incluent : services de rhumatologie en communauté, dépistage précoce, approches culturellement sécurisantes, et amélioration de la collecte de données désagrégées par appartenance autochtone.